La Pilule
le plus gros lose-lose de ma vie
J’ai arrêté de prendre La Pilule contraceptive en février dernier. J’ai arrêté parce que je me faisais chier à devoir renouveler la prescription aux deux ans, parce que je la prenais jamais à la même heure, et rarement à deux jours d’affilés.
C’est la deuxième fois que j’essaie d’arrêter de prendre La Pilule. Je la prenais depuis mes 14 ans.
La première fois que j’ai arrêté de la prendre, c’était en 2021. Je venais de me faire domper par un amoureux en pleine pandémie. Il était souvent discuté que j’étais un peu intense, pas mal émotive et que j’avais tendance à buzzer pour rien. J’ai évidemment mis ça sur mon dos, je me suis dit que je ne pouvais être autre chose que Le Problème, et j’ai décidé d’arrêter de prendre la pilule, en imaginant que j’allais peut-être devenir une fille normale, que j’allais enfin être libérée de mes attentes, que je serais cette fille qui réagit bien quand son chum dit qu’il veut être en couple ouvert ou quand il est en retard à notre rendez-vous, car il prend une bière avec son ex.
Le sevrage de La Pilule fut pénible. Une acné violente s’est installée dans mon visage pendant l’été. J’étais malheureuse et je m’isolais. La saison estivale, qui signifiait de pouvoir souffler un peu des mesures sanitaires contraignantes, se passait pour moi entre les murs de mon demi-sous-sol, sous le regard confus d’un nouvel amoureux, qui tentait tant bien que mal de soulager mes maux. À l’époque, je sous-estimais l’impact dévastateur de ce changement hormonal. Je savais que La Pilule contrôlait mon acné, mais je ne me doutais pas qu’elle contrôlait ma volonté à exister.
À quelques pas de l’automne, puisque je venais de décrocher un nouvel emploi en télévision, j’ai décidé de m’avouer vaincue, et de recommencer ce médicament, afin de me trouver présentable. L’acné a disparu, j’ai ouvert mes fenêtres et je me suis présentée au monde comme un enfant consolé par sa mère après une crise, en oubliant instantanément tout le mal traversé.
Donc en février dernier, lorsque j’ai décidé d’arrêter à nouveau La Pilule, j’y allais naïvement, sans vraiment me rappeler ce qui m’attendait.
La première semaine ne fait pas de bruit. C’est à se demander si ces petits comprimés faisaient même quelque chose. Puis, les premières règles sans La Pilule arrivent. Plus douloureuses, plus longues, mais I can take the heat, que je me dis.
Puis les semaines passent, et le miroir devient source d’angoisse. La texture de la peau de mon visage change. Plus épaisse, plus craquelée, plus poreuse. Le mal se prépare.
Ensuite, l’acné, encore. Des boutons incontrôlables, douloureux, qui prennent une semaine avant de devenir autre chose qu’une bosse, qui s’annoncent beaucoup trop tôt avant d’éclore. On lave, on enduit de crèmes précieuses, mais rien à faire. On ne peut pas prévenir, il faudra guérir. Ça prendra le temps que ça prendra. On tente tant bien que mal de vider le bouton, ça devient une plaie, on applique sérums et onguents jusqu’à ne plus savoir si ça aide ou si ça nuit. Pour la première fois, ça monte jusqu’à la racine des cheveux et dans mon cou, là où j’ai jadis aimé recevoir des bisous. On maquille, pour pouvoir aller travailler la tête haute. C’est une petite pause, le plus doux-amer des répits. Car une fois de retour à la maison, au moment de démaquiller, le miroir nous renvoie la réalité. Les boutons sont encore là, et ils ont fait des petits, comme pour se venger d’avoir été mis sous le tapis.
Ce n’est pas la première fois de ma vie que j’ai des problèmes de peau. À 11 ans, j’ai commencé à avoir de l’acné sous-cutanée, environ en même temps que j’ai eu mes règles et que j’ai dû magasiner des brassières avec ma mère au premier étage du Sears du Mail Champlain. J’avais des lunettes de fonctionnaire, une brassière de mère de deux flots et l’acné d’un ado nourrit au Cheetos et à l’aspartame. Quand nous avons visité les potentielles écoles secondaires, disons que ma mère s’est laissée charmer par celle qui avait comme priorité de contrer l’intimidation.
Mes premières années d’adolescence sont remplies d’odeurs fraiches de nettoyants et de crèmes de toutes les gammes de prix. Clean and Clear puis Neutrogena, pour migrer vers le Proactiv et la Roche Posay, pour finalement devoir se tourner vers le Benzaclin, une crème prescrite par le dermatologue qui a bleaché tous mes pyjamas et mes taies d’oreillers, pour finalement atterrir, complètement vaincue et cicatrisée de la face déjà, dans les bras du Saint-Graal des boutonneux, Acutane.
Avec Acutane, mes problèmes d’acné sont rapidement devenus du passé, après quelques saignements de nez et une menace de fuguer (comme tout bon médicament qui se respecte, Acutane a comme possible effet secondaire de donner le goût de se flinguer).
Donc, pas plus folle qu’une autre, il y a quelques semaines, j’ai demandé à mon médecin si il pouvait me prescrire Acutane à nouveau. La réponse était d’une simplicité désarmante : “Si tu veux Acutane, faut que tu prennes La Pilule.”
Depuis que je ne prends plus La Pilule, mon corps me fait savoir son insatisfaction. En plus de l’acné, je perds facilement mes cheveux et mes spm sont dramatiques. Je me réveille en larmes, incapable de m’imaginer traverser la journée, alors qu’à l’horaire se trouvent toutes des choses que j’aime. Je regarde mon corps dans le miroir et je ne me reconnais pas. Je peine à comprendre comment j’ai un jour pu susciter le désir de quiconque. Je cherche la lumière. Je suis des cours de Pilates dans une place gentille avec des gens qui se tueraient pour me faire sentir valide, et je finis quand même en larmes, incapable de faire les exercices d’abdos comme ma minuscule voisine de tapis à la peau glacée d’hydratation. J’ai envie de rester à la maison, que mes amies se posent de l’autre côté de ma fenêtre, comme un animal dans sa cage, pour qu’elles soient assez proches pour m’apprécier, mais trop loin pour voir le désespoir dans le fond de mon œil. Mon cerveau n’est nourri que de mes violences.
Je prends beaucoup de photos de moi. Des photos laides. Les cheveux en toque, avant de dormir, ou en vêtements de sport alors que je me trouve ballonnée. Je garde ses photos en me disant que je documente un “avant”. Un jour, à force de faire plus de sport, de manger moins d’aliments transformés, de voir mes amies, de prendre des journées de congé, de moins regarder mon téléphone, d’acheter des sérums à 60$, je vais atteindre le “après”. Je serai guérie. Je prendrai des photos d’un “après”, d’une nouvelle moi. On sera content pour moi, je vais être tellement bien et belle qu’on va penser que je suis riche ou enceinte.
Mais les jours passent. Les semaines défilent. Le sport, les soins, la lecture, les gadgets pour limiter le temps sur les réseaux sociaux, les vidéos Youtube “1 hour of healing guitar frequencies”. Les mois commencent à s’empiler et je suis encore cette fille que je déteste. Cette fille qui ne saurait se dire femme. Trop laide, trop faible, d’une insignifiance monumentale.
Plusieurs personnes m’ont suggéré que ce que je vivais était tout simplement ce qu’on appelle “vieillir”. Que c’est ça qui est ça, qui faut apprendre à s’accepter. Que je dois m’accepter comme je suis. Mais je ne suis pas ça.
Je ne sais plus ce qui est moi, ce que je suis censée être, ce que je dois accepter et ce qui a été mis sous le tapis, ce que je peux changer et ce qui ne reviendra jamais. Comment accepter ce que je suis quand j’ai passé la majorité de ma vie à être autre chose?
Je n’écris pas ses lignes pour me faire rassurer. Je ne veux surtout pas qu’on me dise que je suis donc ben belle, que je devrais me voir comme les autres me voient. Ce dont je veux parler ici, ce n’est pas de déterminer si je suis laide ou non. Je suis belle. Objectivement, je corresponds à plusieurs standards de la société, je ne suis pas à plaindre, je peux le comprendre, je l’assimile.
Le problème, c’est que j’ai tellement pris La Pilule longtemps que je ne sais plus qui est la vraie moi. Après 10 ans sous les effets des hormones, qui suis-je vraiment? Ce n’est pas ce que j’ai toujours été, je n’ai pas toujours été ça. Pendant la moitié de ma vie, j’avais un bouton sur le menton dans des périodes de stress, j’avais des cheveux frisés brillants de santé, je ne me réveillais pas les larmes aux yeux en me demandant comment j’allais faire pour m’habiller et me rendre à ce brunch auquel j’avais hâte mais qui me tente pu parce que je me trouve laide.
Je pense au médecin qui m’a mis sur La Pilule quand j’étais ado. Elle m’a été prescrite pour contrôler mon acné et pour que je puisse faire l’amour sans tomber enceinte. Pour que je puisse vivre ma vie de jeune femme, me trouver belle et découvrir ma sexualité sans crainte. Aujourd’hui, je ne la prends plus, l’acné marque mon visage et mon corps ne veut plus se donner. Je traverse l’adolescence à 27 ans.

Moi ça a été l'inverse. J'ai commencé à prendre la pillule à 26 ans et je ne m suis pas reconnue pendant 3 ans avant de décider d'arrêter. J'ai toujours eu des spm sévères au niveau de l'humeur et de la dépression qui ont effectivement disparu quand j'ai été mise sous hormones. quand j'ai arrêté la pillule, le retour des spm s'est fait en multiokiant par 10 l'intensité de la dépression liée aux menstruations. C'est simple je voulais me s**cider pendant une semaine tous les mois. Incapable de sortir du lit, à pleurer en permanence et avoir l'impression que rien n'irai plus jamais bien. Ça a duré 6-7 mois et ça s'est rééquilibré petit à petit pour revenir à la normale pré prise d'hormones. Pire semestre de ma vie. Je me permets de partager parce que ayant vécu toute ma vie avec des cycles non artificiel, je sais que ce qui se passent les premiers mois d'arrêt ne sont pas le "toi" normal. J'imagine que le temps que tes hormones se rééquilibrent, ça pourra prendre plus de temps. Mais ce toi de transition n'est pas éternel. Alors au niveau de l'acné et du ruacutane, vas peut être voir un autre médecin parce que des hommes prennent ce medoc et on ne leur demande pas de prendre des hormones à eux il me semble. En tout cas j'espère que ça ira rapidement mieux pour toi.
Est ce que ça va mieux depuis ? J’ai arrêté la pilule un an et j’ai eu aussi de l’acné sévère et des règles très longues et douloureuses alors je l’ai reprise.