01 à 04
J’ai essayé de me remettre à écrire de la poésie. Quand j’étais à l’université, j’adorais en écrire. Je me trouvais bonne, je vivais un tas de choses pour la première fois et j’étais excitée de les mettre sur papier. Aujourd’hui, je travaille en humour, et j’écris pour être efficace, pour rire de choses, de gens, de situations, et pour faire rire. C’est difficile pour moi de m’adonner à la poésie depuis 2-3 ans. Automatiquement, je me juge. Après deux vers, je me dis que c’est déjà vu, que rimer et “é” c’est cave et qu’on s’en fou anyway.
Mais je suis dans une passe de confusion. Ces jours-ci, je me rends compte que le travail n’est pas suffisant pour me rendre heureuse. Je me sens déconnectée, absente. Automatisée. J’essaie de ralentir, de me retrouver. En attendant mon rendez-vous avec mon médecin de famille à la fin du mois pour lui demander si je suis en dépression, je me suis dit que je pourrais essayer d’écrire, voir si ça mets un peu de lumière dans ma vie. Ça adonne que c’est le mois national de la poésie, le NaPoMo. La vie fait bien les choses j’imagine.
Je partage donc mes quatre premiers jours d’écriture avec vous (?). Loin de moi l’idée d’alarmer personne avec mes écrits, mais je tiens à mentionner un petit TW sur la mort à certains moments. Écrire me fait un grand bien, j’ai l’impression d’ouvrir les rideaux, et j’ai le goût de regarder dehors.
Je vous invite à prendre le temps pour vous, bonne lecture et à très vite.
(PS: juste dire qu’en ce moment mon seul follower Substack c’est Bernard Drainville et c’est drôle en tabarnak)
01/04/26 - bonne fête je me réveille et j’ai perdu le goût de vivre dans les limbes de mes rêves malgré ça j’organise ma fête et boit un latté avec mon chum je lui tire la langue car je sais qu’elle est mauve je laisse le chat grignoter les cordons de ma veste je découvre de la musique même si je n’aime pas ma vie j’écris des mots même si je les trouve innocents des fois je pense aux lieux où j’ai écrit certaines jokes la joke de ma mère qui parle à l’ours, c’est avec Martin au café Velours la joke sur le spinning, c’était au plus creux de ma peine d’amour ces temps-ci je pense à tout ce que j’aurai accompli avec une constante et silencieuse mais bien vive envie de mourir
02/04/26- sans titre
J’espère qu’ils vont inventer
des airpods avec assez de batteries
pour traverser la fin du monde
03/04/26 - sans titre
Chaque mot que j’écris
j’imagine être lu
par un homme avec une maîtrise ou juste
une bonne estime de lui
et chaque fois j’imagine
qu’il déteste ça
chaque mot que j’écris
est stupide
et enfonce le dague
de mon inutilité
je ne me sens plus exister
j’ouvre la fenêtre pour vivre
le froid ne sait plus comment me sauver
je courbe le dos
mais ne fait que me regarder
encore
04/04/26 - Maman
tu ne te parfumes plus
le soir tu ne retires plus ton maquillage
et tu ris le matin
à la vue de tes cernes de mascara
je te cherche
dans les habitudes
que je te connaissais
et n’y trouve
que le début de la fin
tes phrases flottent
tes mots s’excitent
de me raconter
ces choses que je connais déjà
la fatalité gagne du terrain
et je tire sur tous les fils
pour ne rien oublier
l’odeur de fixatif le matin
tes toasts brûlées
ton parfum dans l’auto
qui défrost janvier
au-dessus de moi
une mère chante à sa fille
la tragédie se réécrit
petit peu par petit peu
